Sujet: Keep calm, stay legendary || Violet Dim 30 Oct - 18:04
Give yourself a break.
En passant la porte de ma chambre, je jetai mon sac de cours sur le lit puis m’affalai sur un pouf posé juste à côté. Comme toujours, j’étais contente de rentrer enfin chez moi et ce jour-là, j’avais la chance d’avoir fini les cours beaucoup plus tôt, ce qui me laissait tout l’après-midi libre. Les cours avaient recommencé depuis seulement deux mois mais j’étais déjà débordée de travaux. Comme j’étais enfin parvenue à convaincre mon père de me laisser faire du théâtre en double cursus, je ne pouvais plus me permettre de prendre mes études à la légère comme je le faisais les années précédentes. Au début, j’étais certaine de détester avoir deux fois plus d’heures de cours puis je me suis finalement rendue compte qu’on s’y adaptait assez vite. Je pouvais même dire que j’aimais bien suivre mes cours : l’époque où je gribouillais sur mes notes presque inexistantes était révolue. Après trois ans d’étude, je ne prenais le rythme que maintenant. Ouais, mieux vaut tard que jamais. La sonnerie de mon portable m’obligea à me relever, j’avais programmé une alarme pour me rappeler qu’une soirée était organisée. Depuis que je prenais mes études au sérieux, je sortais moins qu’avant et ça me manquait beaucoup. Je détestais ces semaines où je ne sortais de ma chambre uniquement pour me rendre en cours ou faire des courses. J’ai toujours eu besoin de voir des gens, d’avoir de l’animation autour de moi, de parler même pour ne rien dire et surtout de m’amuser. Or, toute seule, je ne peux pas vraiment me prendre des fous rires monstres. Je m’étirai en étouffant un bâillement, j’avais tout mon temps avant de devoir me préparer et pour la première fois depuis des semaines, je ne savais pas quoi en faire. Je n’avais pas la moindre envie de regarder des séries ou un film, de lire ou d’écouter de la musique. C’était aussi la rare fois de ma vie où mes placards étaient (presque) pleins et les pièces (à peu près) rangées. Alors je me laissai tomber sur mon lit, comme si réfléchir était plus simple ainsi. Je tournai la tête vers la grande fenêtre de la pièce et c’est là que je le vis : un petit papier qui m’était étrangement familier et traînait sous mon bureau. Prise de curiosité, je me relevai pour la seconde fois et allai le ramasser. Il s’agissait d’une annonce pour une audition, le genre de papiers que je prends toujours sans même le lire auparavant. En le parcourant du regard, je m’aperçus que les auditions étaient aujourd’hui, à San Francisco, dans exactement une heure et demie. J’avais du le prendre au début de l’année, le poser sur mon bureau puis l’oublier, comme souvent. Le rôle en question n’avait rien de très intéressant mais je savais pertinemment bien qu’il fallait passer par là avant d’avoir la chance et le privilège de pouvoir choisir ses rôles. Pour le moment, je n’avais pas le droit de jouer la fine bouche et devais saisir chaque opportunité, mettre toutes les chances de mon côté pour rencontrer des gens importants du milieu. Après un passage éclair dans ma salle de bain, j’attrapai mes clés de voiture avec un grand sourire. Cela faisait des années que je passais le permis pratique et le ratais à chaque fois, m’obligeant à dépasser mes minuscules économies dans les transports en communs et taxis. Puis cet été m’avait fait prendre pas mal de résolutions. Je pense que c’est en rapport avec la visite que j’avais faîte à ma mère, visite qui m’avait dévastée mais aussi aidé à comprendre que je tournais en rond depuis trop longtemps. J’étais dans une des universités les plus réputées depuis trois ans mais n’avais pas le moindre projet de vie et surtout, j’étais en train de laisser partir mon rêve de toujours. En voyant ma mère, déjà perdue, j’avais réalisé que je laissais trop de place au passé dans ma vie et qu’il était grand temps que je passe à autre chose. Je me suis débarrassée de beaucoup de mes anciennes affaires et ai essayé tant bien que mal d’éviter de rester enfermée entre quatre murs à ne rien faire. J’espérais que cette année m’aiderait à changer mes habitudes et à devenir quelqu’un de nouveau. En démarrant ma petite voiture, je souriais toujours. Je n’avais pas encore cette belle capacité de s’orienter dans l’espace et pensais de plus en plus à m’acheter un GPS, histoire de vite résoudre ce petit problème. En attendant, je devais faire sans et être attentive à chaque rues. Me perdre ne me dérangeait pas, depuis le temps, j’étais même plutôt amusée. Sauf lorsqu’il s’agit d’arriver à l’heure quelque part. Comme je m’y attendais, j’avais du mal à trouver la bonne rue et commençai à pester. La radio et ses chansons ne me rendaient pas de meilleure humeur. Je jetai un coup d’œil angoissé à ma montre : dix minutes. Je décidai de ne plus prendre de risque et m’arrêtai sur le bas-côté pour demander le chemin à un piéton. Je le remerciai avec l’un de mes sourires forcés, ma bonne humeur pas encore retrouvée. Je n’étais pas très loin du bon endroit et y arrivai en moins de deux minutes. En arrivant devant ce petit studio miteux, je jetai un nouveau coup d’œil sur l’annonce pour vérifier l’adresse. Je ne m’étais pas trompée mais hésitai franchement à entrer. Cet endroit ne m’inspirait pas confiance, la rue était lugubre et sale, il n’y avait personne et quelques unes des vitres des bâtiments étaient brisées en mille morceaux. Je ne faisais pas ma difficile et j’ai toujours été prête à jouer n’importe quel rôle, n’importe où mais j’avais tout de même des limites et si je pressentais un coup "foireux ", je n’essayais même pas d’aller plus loin. Je fis donc demi-tour tout en levant les yeux au ciel, j’aurai du me renseigner à la place de foncer dans le tas. Sur la grande route qui allait jusque Berkeley, j’aperçus les plaines et petites collines où j’allais de temps en temps pour me détendre ou me retrouver avec moi-même. Je ne sais pas pourquoi mais cette vision m’attira et je ressentis l’envie irrésistible de quitter la route pour foncer droit vers ces belles étendues. Je n’étais pas stressée, pas tracassée, pas malheureuse ou en proie à des questionnements infinis. J’avais juste envie de m’octroyer cette petite pause. Pour la deuxième fois de la journée, je fis donc demi-tour et m’engageai dans un petit chemin où je finis par me garer. Ma voiture était cachée par des arbres mais je n’avais de toute façon pas peur qu’on me la vole, elle n’avait rien de spéciale et ne valait pas une fortune. Je pris la bouteille d’eau que j’avais emporté puis commençai à gravir les pentes. Ce n’était plus aussi dur que la première fois où non seulement je ne savais pas où j’arriverai mais aussi où je n’avais plus la moindre condition physique. Aujourd’hui, j’arrivai sur ce petit sommet paradisiaque le sourire aux lèvres. Sourire qui s’agrandit encore lorsque je découvris que je n’étais pas seule. La première fois que j’avais fait cette découverte, j’avais été un peu décontenancée et avais eu un peu peur que l’inconnue en question me vole mon coin de paradis. Mais c’était de vaines inquiétudes : Violet et moi étions de la même confrérie et partagions la même affection pour cet endroit. Je fis de grands pas vers elle : « Je pense qu’on a eu la même idée et comme toujours, on prend les bonnes décisions » Je m’assis à côté d’elle en lui faisant un clin d’œil exagéré en guise de bonjour. J’aimais beaucoup Violet et les fois où l’on se voyait, c’était surtout à cet endroit tranquille qui était un des nos points communs les plus importants. Un bout de terre peut rapprocher les gens.
Dernière édition par Effy O'Griffin le Sam 12 Nov - 11:34, édité 1 fois
L'horrible sonnerie de mon portable se mit à retentir, rompant ainsi le silence de mort qui planait dans ma chambre. Cela faisait bien une heure que mon Ipod s'était arrêté faute de batterie mais je ne m'en étais même pas rendue compte, du moins jusqu'à ce que le vibreur résonne dans tout mon bureau et me fasse sursauter, j'en échappa même un morceau de plexiglas supposé me servir de cloison... Ce projet d'architecture m'avait complètement envouté et je m'y donnais vraiment à fond, à tel point que j'avais passé mon grand weekend de trois jours enfermée dans ma chambre. La plupart des étudiants en auraient certainement profité pour faire deux fois plus la fête que d'habitude et c'est vrai que cette idée était plutôt alléchante mais je tenais vraiment à avoir une bonne note. Il y a deux semaines M. Hilgiers, le prof d'architecture, nous avait rendu nos dessins, nous devions imaginer une salle de spectacle. Il nous avait alors annoncé que nous devions maintenant en faire de jolies maquettes... C'était quelque chose que je n'avais jamais, mais alors vraiment jamais fait auparavant et j'avoue avoir un peu paniqué au début. Autant le dessin, la peinture, la photographie, la création ne me posent aucun problème mais l'art de construire une maquette restait pour moi un vrai mystère! Je m'étais alors jetée sur tous les livres possibles et inimaginables à la bibliothèque. J'en ai beaucoup appris mais ça n'avait rien de comparable à l'aide que Jason m'avait apporté. Jason c'est mon très charmant voisin de classe, il est toujours prêt à donner un coup de main et sur ce coup-là il m'avait donné de précieux conseils! C'est tout l'intérêt d'étudier l'art. On est pas tous en concurrence comme en médecine par exemple. Bon c'est évident qu'on ne partage pas ses dessins avec les autres mais à côté de ça on est vraiment solidaires et toujours prêt à s'entre-aider. Et heureusement car les études sont déjà bien assez compliquées comme ça sans qu'on ait besoin de se mettre des bâtons dans les roues... C'est vrai que je n'étais pas habituée à un tel niveau et plus ça allait, plus le rythme s'accélérait. Après à peine deux mois de cours on croulait déjà sous les projets en tout genre ça semblait assez fou. Mais je n'étais pas du tout du genre à stresser, surtout pour les cours, et puis ce qu'on faisait était vraiment passionnant. Au début j'étais plus attirée par le design mais monsieur Higliers était tellement intéressant que je songeais de plus en plus à me diriger dans cette voie et c'est pourquoi ce projet de salle de spectacle me tenait vraiment à cœur et l'échéance approchait à grand pas. Nous étions supposés rendre nos maquettes lundi prochain, soit dans sept petits jours de rien du tout! Mais je me rendais compte que j'avais déjà pas mal avancé pendant ce weekend, à vrai dire il ne me restait plus que la toiture et quelques détails à peaufiner. Je me sentais soulagée mais aussi épuisée. Ce genre de travail demandais pas mal de concentration et j'étais tellement captivée que je n'avais même pas fait de pause pour casser la croute. En y repensant, ce message n'était peut être pas si mal tombé et il était temps pour moi de profiter un peu de mon weekend avant qu'il ne touche à sa fin.
Aussitôt dit aussitôt fait, je filais à la cuisine pour me préparer un sandwich et prendre de quoi grignoter. J'avais bien vu que dehors le soleil brillait, et il était hors de question que je reste enfermée plus longtemps. En fait, c'était quelque chose qui m'insupportait. J'avais grandit dans la ferme de mes parents et donc toujours vécue dehors. Il ne se passait pas une journée sans que j'aille me promener à pieds ou à cheval, seule ou avec mes frères... Parfois nous partions nous perdre dans cette nature sauvage pendant des journées entières. Nous revenions souvent couverts de boue et trempés jusqu'aux os, le climat de notre campagne anglaise n'étant pas toujours très clémente, mais maman nous attendait toujours avec de bons chocolats chauds. On s'asseyait au coin du feu et nous lui racontions nos péripéties. Enfin, c'était le bon vieux temps, avant que je ne quitte mon Angleterre natale pour rejoindre Berkeley. Aujourd'hui les ballades c'était en mode solo mais ce n'était pas pour autant désagréable. Berkeley était toujours bondée de monde, et vivre dans une confrérie n'étais pas non plus de tout repos. Je suis quelqu'un d'assez indépendante et j'ai toujours eut besoin de me retrouver seule histoire de m'entendre penser... Enfin bref, ce soleil était une invitation trop tentante que je ne pouvais refuser. Je fourrais mon casse-croute, mon portable et un bon bouquin dans mon sac, avant de partir rejoindre mon havre de paix. J'avais découvert cet endroit quelques jours après mon arrivée. La première chose que j'avais faite avait été d'explorer les environs et j'étais tombée sur ce petit coin de verdure, à l'écart de tout le tumulte de San Francisco. J'avais tout de suite aimé ce côté dissimulé et inaccessible qui me permettait d'être seule et tranquille la plupart du temps. Il me fallait bien 30 minutes de marche pour y arriver et la montée, particulièrement éprouvante, faisait fuir la plupart des promeneurs.
Et comme d'habitude elle avait dû faire son effet puisque l'endroit était désert, et c'était tant mieux! Je m'installai dans l'herbe au bord de la falaise. Ce coin offrait un panorama ahurissant sur Berkeley et San Francisco. Je fouillais dans mon sac pour en sortir mon sandwich, je mourais littéralement de faim et mon ventre ne cessait de faire des gargouillis. Ce fut donc avec un bonheur immense que je croquais a pleines dents dans ce dernier. Le pauvre ne fit pas long feu et je le fis disparaître en l'espace de quelques secondes. Je finis mon festin avec une belle pomme, bio bien sur. Je repensais à ma maquette, fière du travail accompli, et je me souvins du fameux SMS qui m'avait valut un bon de deux mètres. Je n'avais même pas songé à y jeter un œil. J'attrapais mon portable en espérant que ce n'était pas quelque chose d'urgent. Mon regard se posa sur l'écran et je pu y lire les quelques mots suivants... -Nouveau message de Cesar- Je soupirais en m'allongeant dans l'herbe, hésitant quelques instants avant de l'ouvrir, puis je me décida enfin.
Code:
- Bonjour Violet. J'espère ne pas te déranger, je sais que tu as beaucoup de travail en ce moment. As-tu bien reçu mon invitation pour vendredi soir ? Donne moi une réponse dès que possible. Bonne journée et à bientôt j'espère. Je t'embrasse. Cesar.-
Je me redressais pour pouvoir accéder de nouveau à mon sac. J'en sortit mon attirail tout en jetant quelques coups d'œil autour de moi pour m'assurer que j'étais toujours seule et je me mis à rouler un joint en sifflotant. Une mauvaise habitude transmise par mes grands frères... J'étais loin d'être une grosse fumeuse mais je n'étais pas contre un petit pétard de temps en temps histoire de me détendre. Et là en l'occurrence j'en avais bien besoin. Je n'avais presque pas fermé l'œil du weekend, à cause de ce fameux Cesar justement. Entre nous c'était un peu compliqué. Il m'avait en quelque sorte sauvé la vie en début d'année et je lui en serrais éternellement reconnaissante, ça c'est sur. Mais il y avait quelque chose d'autre. Certes il savait parler aux femmes, s'était un bel homme, charmeur et charmant mais il y avait ce petit je ne sais quoi, comme si nous étions liés l'un à l'autre, s'attirant comme des aimants. Bien entendu nous avions déjà couché ensemble, plusieurs fois même et c'est ce qui me perturbait d'ailleurs. Avec lui je ne savais pas sur quel pied danser. Il débarquait sans prévenir, un bouquet de roses dans une main et une bouteille de champagne dans l'autre. On passait la soirée à discuter, à se chamailler et à prendre du bon temps ensemble puis le lendemain il repartait. Il ne donnait pas de nouvelles jusqu'à la fois d'après... Du coup je ne savais pas comment considérer notre relation. Je n'avais pas beaucoup d'expérience en amour et absolument pas de recul sur cette situation. Le plus troublant était sa récente invitation à sortir vendredi soir. Cesar avait toujours tout fait pour que cette relation reste secrète et nous étions vraiment très discret. C'était un peu frustrant d'ailleurs, mais en fait je comprenais tout à fais qu'il puisse avoir honte de moi. Vous savez, nous ne sommes pas du même monde. Ça se voyait toute de suite à sa manière d'être et de dépenser, il possède énormément d'argent. Et c'était loin d'être mon cas. J'étais une pauvre petite fille de fermiers, ma famille s'était même saignée pour que je suis venir à Berkeley. Je vous dirais que je suis toute aussi riche, si ce n'est plus, intérieurement, mais tout le monde sait qu'à la fac' ce n'est pas ce genre de richesse que l'on recherche... C'était à se demander ce que quelqu'un comme lui pouvait bien me trouver... J'étais vraiment perturbée, je ne savais pas si je devais accepter ou non son invitation. Pourquoi déciderait-il soudainement de sortir avec moi aux yeux de tous ?
Je portais le joint à mes lèvres, l'allumait et inspirait profondément comme si la fumée qui remplissait mes poumons allait me donner la réponse à toutes ces questions. Soudain j'entendis des brindilles craquer, je me retournais rapidement pour observer ce nouvel intrus mais je me détendis rapidement. Il s'agissait d'Effy, une de mes collègues Sampi. Il nous arrivait souvent de nous retrouver ici, nous partagions toutes deux le même amour pour ce lieu. Je dois avouée avoir été carrément frustrée la première fois où je l'avais trouvé ici, j'avais même fait demi-tour, refusant de partager mon petit coin de paradis. La deuxième fois j'étais arrivée la première et elle était venue me parler. C'est là que nous avions appris être de la même confrérie. Au final, Effy était de très bonne compagnie. Nous pouvions rester là des heures à parler ou juste à prendre le soleil en lisant chacune un bon livre... La jeune femme me rejoignit en quelques foulées et s'installa à mes côtés.
« Je pense qu’on a eu la même idée et comme toujours, on prend les bonnes décisions »
Je la regardais en souriant avant de lui répondre.
«Oui, comme à chaque fois! Je n'ai pas pu résister bien longtemps en voyant ce beau soleil... Ça va toi ? Quoi de beau ? » Je lui tendit mon joint. « Je viens de l'allumer, tu veux fumer ? »
Dernière édition par Violet McCaw le Jeu 17 Nov - 22:39, édité 2 fois
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Sujet: Re: Keep calm, stay legendary || Violet Ven 11 Nov - 22:48
Give yourself a break.
Ma mère a commencé à tomber réellement malade quand j’avais huit ans. Mon père n’a pas voulu s’affoler, c’est d’ailleurs de lui que je tiens mon côté nonchalant, et a tenté de l’aider lui-même. Mais après deux ans, il a du se résoudre à l’évidence : elle devait partir à l’hôpital et être prise en charge par des professionnels. Avec mon père, on l’a accompagnée jusque là, installée dans sa chambre puis on est rentrés à la maison. Si je n’avais pas été lui rendre visite cet été, ça aurait été la dernière fois que je l’aurai vue. J’avais alors dix ans et mon père décida de partir vivre en Amérique où il avait rencontré une autre femme. Il m’envoya alors vivre chez mes grands-parents, dans une campagne reculée d’Irlande. Je ne me rendais pas entièrement compte à quel point l’état de santé de ma mère était grave et les mensonges de mon père ne m’aidaient pas à y voir plus clair. C’est pour ça que cette période est une des plus belles de ma vie, j’étais complètement insouciante et passais mes journées à courir dans l’herbe, grimper aux arbres et salir mes vêtements. J’ai grandis en ville, à Dublin, mais ces quelques années ont suffit à remplacer les trottoirs et le bruit des voitures par tous ces beaux paysages. C’est depuis ce temps-là que j’ai besoin de sortir, de prendre l’air pour me calmer. C’est grâce à cette époque-là que ça ne me dérange pas de gravir de sales pentes ou glisser dans un peu de boue. En déménageant à New York, j’avais du abandonner tous les petits coins que j’avais découverts et transformés en sorte de Q.G. Je peux vite m’adapter, heureusement, et me suis faite à la vie citadine. Mais ce n’est pas pour autant que j’avais oublié mes anciennes habitudes alors quand j’ai exploré les environs de San Francisco et découverts ce petit endroit boisé, je n’ai pas hésité une seconde. Je ne réfléchis de toute façon jamais à ce que je fais ; j’agis. J’ai avancé à l’aveuglette, ai pris le temps qu’il fallait puis suis enfin arrivée dans un endroit magnifique. Je crois qu’avoir un petit coin à moi me manquait vraiment. Ce n’est pas grand-chose et il y a d’autres moyens de se calmer ou de réfléchir mais quand vous avez passé tout votre temps libre dehors pendant des années, ça vous rappelle forcément des souvenirs qui vous poussent à y rester un moment –et à y retourner dès que possible. La première fois que je suis arrivée, totalement par hasard, dans ce petit coin de paradis, j’ai tellement été émerveillée que je n’ai pas directement remarqué la présence d’une autre personne. Sur le coup, je me suis dit que c’était foutu, que j’étais arrivée trop tard et que cette inconnue ne me laisserait jamais venir passer mon temps ici. Ces inquiétudes ont persisté un temps, surtout en la voyant partir sans un mot. Mais je ne suis pas du genre à rester sur un échec et j’y suis simplement retournée quelques temps plus tard. Comme je l’espérais, la jeune femme était là aussi et j’ai décidé d’engager la conversation. A la seconde même où j’ai appris qu’elle faisait partie des Sampis, mes inquiétudes se sont comme évaporées : j’étais persuadée que je n’aurai pas d’ennuis avec elle et qu’on allait réussir à s’entendre. Je ne suis pas toujours douée pour sentir les choses mais sur ce coup, j’avais vu juste : Violet et moi sommes naturellement devenues amies. A première vue, je suis une fille très bavarde qui bouge tous le temps mais évidemment, je ne peux pas toujours être ainsi alors ces moments avec Vio où on était assise dans l’herbe et où on ne parlait pas forcément ou pas du tout ou plus de choses plus sérieuses me faisaient beaucoup de bien. A la seconde même où je posais mes pieds sur ce sol, j’étais directement plus tranquille. J’étais contente de croiser Violet, je ne l’avais plus vue depuis un bon moment. Je fis quelques pas en avant pour me rapprocher d’elle et pris le joint qu’elle me tendait « Comme si je pouvais refuser… » Je ne suis pas une grosse fumeuse, je suis plus portée sur l’alcool, mais un joint de temps en temps fait plus de bien que de mal. Je le rendis à Vio après m’être assise à côté d’elle. « Quoi de beau ? » Je répétai sa question pour moi-même. Depuis la dernière fois, qu’est-ce qui avait changé dans ma vie ? Revoir ma mère était toujours en train de provoquer de gros changements en moi mais je préférai ne pas en parler ; de toute façon, je ne saurai jamais par où commencer. « Et bien, par rapport aux cours, j’ai enfin pu commencer le théâtre sans abandonner la philo pour autant. Du coup, j’ai un horaire de fou mais au moins, ça me motive vraiment à bosser dur. » Depuis que j’étais à Berkeley, je ne m’étais jamais donnée à fond dans mon travail mais cette année, tout avait changé et ce n’était pas plus mal. « Autrement, il n’y a pas tellement de nouveautés dans ma petite vie… » Je haussai les épaules, comme pour dire que ça n’avait pas d’importance. J’aime les changements, les imprévus, tout ce qui est nouveau…mais je ne voulais pas non plus forcer le destin. Les choses arrivent quand elles arrivent et comme elles arrivent, c’est tout. « Et de ton côté ?! Tu as sûrement plus de choses à raconter que moi et…» J’allai ajouter quelque chose mais fus interrompue par le vibreur de mon portable. Un ami me demandait si je venais ce soir, à la soirée. En temps normal, j’aurai répondu oui mais maintenant, je n’étais plus certaine d’en avoir envie. En relevant les yeux, je croisai le regard de Violet et lui expliquai « Un ami m’a demandée si j’allais à une soirée organisée par les Omega mais je ne suis pas sûre d’être d’attaque à faire la fête aujourd’hui…Avec mes semaines aussi chargées, je suis tellement crevée que je sors deux fois moins… J’espère arriver à trouver le rythme pour continuer à sortir comme avant, c’est important pour moi » Puis je lui souris après avoir poussé un petit soupir. Désolée, avec tout ça, je ne t’ai pas laissée répondre à ma question…» Sa vie était sûrement plus intéressante que la mienne. Je m’appuyai sur les paumes de mes mains en la regardant.
(Je suis désolée pour le temps de réponse! Je pensais poster cet après-midi mais ma sœur a eu besoin du pc pour l'unif. Je serai plus constante dans mes réponses les prochaines fois, promis )
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Sujet: Re: Keep calm, stay legendary || Violet Jeu 17 Nov - 13:07
« Comme si je pouvais refuser… » Comme d'habitude Effy accepta le joint sans rechigner, sa mimique me fit d'ailleurs sourire. Tout comme moi elle n'était pas une grande fumeuse, d'ailleurs en soirée nous étions plus du genre à siroter quelques bières, enfin beaucoup serait le mot juste. Mais voilà c'était notre petit rituel durant ces belles après-midi ensoleillées, notre petit pécher mignon. Elle s'assit à mes côtés tout en me comptant les dernières nouvelles.
« Et bien, par rapport aux cours, j’ai enfin pu commencer le théâtre sans abandonner la philo pour autant. Du coup, j’ai un horaire de fou mais au moins, ça me motive vraiment à bosser dur.»
Chez les sampis tout le monde savait à quel point Effy aimait le théâtre. Chacun d'entre nous avait déjà été témoin au moins une fois d'une de ses innombrables représentations. Elle avait ça dans le sang c'était certain, elle ne passait pas une seconde sans le démontrer et elle était très talentueuse. Visiblement monsieur O'Griffin avait enfin rendu les armes et accepté que sa fille suive un double cursus afin de vivre sa passion pleinement.
« Ho vraiment ? C'est super ça! Tu dois être drôlement contente dis donc! »
J'étais vraiment heureuse pour elle car c'était quelques chose de très important pour la blondinette. Vous savez, il est souvent difficile pour le commun des mortels de comprendre cet intérêt et cette passion pour l'art que d'autres entretiennent. Personnellement je comprenais tout à fait Effy. Nous ne partagions peut être pas la même passion, elle c'était le théâtre tandis que pour moi ça avait toujours été le dessin, mais le fait est qu'à travers cela nous avions trouvé le moyen et la force de nous exprimer. Pour ma part, se fut bien avant ça une sorte de refuge. L'univers que je m'étais crée n'appartenait qu'à moi. Il me permettait de fuir la réalité et ses difficultés. Au final, le dessin fut et restera toujours une sorte de thérapie, de délivrance pour moi et je n'imaginais pas devoir m'en passer une seconde. Étudier l'art était pour moi quelque chose d'aussi évident qu'essentiel à mon équilibre et heureusement j'avais de la chance. Mes parents étaient compréhensifs et tolérants. Ils nous ont toujours poussé mes frères et moi à faire ce que nous aimions. Et ce n'était pas le cas d'Effy qui se voyait interdire le théâtre par son père. Il est vrai que certains parents se montrent réticent à ce genre d'orientation simplement parce que les artistes ont toujours eut du mal à vivre de leur art, il est très difficile de percer dans ce milieu et notre avenir est malheureusement bien incertain. Finalement le compromis décidé par Effy et son père me semblait juste et prudent. Si jamais le théâtre ne marchait pas pour elle, ce dont je doutes, elle aurait toujours une porte de sortie. En tout cas je comprenais mieux maintenant pourquoi elle avait des tonnes de boulot. Rien que moi avec un seul cursus j'avais du mal à trouver mon rythme, mais deux ça devait être intenable. C'était d'ailleurs sans doute pour ça que je ne croisais plus la jeune femme depuis un certain moment. C'était dommage mais vu le prix de l'année ici il était tout à fait normal de privilégier les études plutôt que les soirées. De ce fait, nous devions avoir des tonnes de choses à nous raconter et mon amie ne tarda pas à s'y intéresser.
« Et de ton côté ?! Tu as sûrement plus de choses à raconter que moi et…»
Le jeune femme s'interrompit, déportant son intention sur son portable qui venait de vibrer. Je l'observais pendant qu'elle lisait ce nouveau message reçu et je pouvais lire sur son beau visage de l'hésitation et peut être même un peu de tristesse. Lorsqu'elle releva la tête elle croisa mon regard interrogateur et s'empressa d'ajouter.
« Un ami m’a demandée si j’allais à une soirée organisée par les Omega mais je ne suis pas sûre d’être d’attaque à faire la fête aujourd’hui…Avec mes semaines aussi chargées, je suis tellement crevée que je sors deux fois moins… J’espère arriver à trouver le rythme pour continuer à sortir comme avant, c’est important pour moi »
Je comprenais sa frustration, je venais moi-même de passer un weekend entier enfermée dans ma chambre sans voir personne, et tout ça pour travailler. Maintenant en y repensant ça me paraissait complètement fou. Ok, j'ai toujours été une élève sérieuse et travailleuse, pour le plus grand bonheur de mes professeurs qui m'ont toujours trouvé agréable et volontaire, cependant je ne crachais jamais sur une soirée quel qu'elle soit. J'adorais déjà ça en étant paumée dans mon petit village alors vous imaginez bien que mon arrivée à Berkeley et surtout dans une confrérie n'avait fait qu'accentuer tout cela. D'ailleurs les premiers jours chez les sampis avaient été quelque peu difficiles, enfin surtout les lendemains! Nous enchainions soirées sur soirées, c'était sympa, ça nous avait permis de tous nous rencontrer, de sympathiser et de resserrer les rangs mais toutes les bonnes choses ont forcement une fin. Chacun d'entre nous avait finit par prendre son rythme de croisière, les soirées se faisaient plus rares, bien que toujours aussi agréables, et l'approche de la première vague d'examens n'allait pas arranger les choses. Heureusement les vacances arrivaient elles aussi à grand pas avec les fameux bals et compagnie. D'un côté ça m'angoissait un peu, ce serait mon premier Noël loin de chez moi et sans ma famille, il y à une première fois à tout mais celle-ci ne m'emballait vraiment pas... Effy me coupa dans mes pensées.
« Désolée, avec tout ça, je ne t’ai pas laissée répondre à ma question…»
« Ho ce n'est pas grave! En fait je comprends tout à fait ce que tu veux dire. Je me suis complètement faite envahir par une de mes options. Finalement c'est une matière super intéressante et que j'adore. J'aimerais en faire ma matière principale mais pour ça faut vraiment avoir de très bonnes notes, du coup je passe énormément de temps à la travailler. Dis toi que ce weekend j'avais trois jours de libres et je ne suis même pas sortie. Sérieusement ça devient flippant ! » Je fis une pause quelques secondes et reprit sur le ton de la rigolade: « Tu vas voire qu'on va finir par devenir de grosses intellos ! »
« Sinon qu'est-ce qu'il y à de nouveau ? » Je réfléchis quelques secondes. Cela faisait un moment que nous ne nous étions pas croisées, mais c'est vrai que hormis les cours et quelques soirées riches en potins il ne s'était pas passé grand chose dans ma vie. Enfin excepté ça... « Hum, il y à bien quelque chose mais tu vas pas être contente, tu vas encore vouloir me tuer... » Je la regardais avec un air coupable comparable à celui d'un chien battu tout en mordillant une des mes lèvres. Bien entendu j'en avais trop dit et mon amie me força la main pour que je lui en dise plus...
« Oui bon d'accord, ok... C'est encore à cause de César... » Effy était la seule personne au courant pour moi et le jeune MacDonald. C'était arrivé comme ça, un jour où je n'en pouvais plus de cette situation. J'avais juste fondue stupidement en larmes dans ses bras puis je lui avais parlé de la situation. Cette folle rencontre digne des comptes de fée où il m'avait presque sauvé la vie, puis cette nuit où je m'étais abandonnée à lui pour la première fois et bien sur toutes les autres. Je lui avais parler de son comportement, cette habitude qu'il avait de disparaître sans donner de nouvelles et de réapparaitre comme par magie. Oui j'étais clairement son plan cul et je n'arrivais pas à m'y faire. Effy ne connaissait pas le garçon, du moins pas personnellement, car vous imaginez bien qu'avec un tel nom et un tel héritage c'était une des légendes de Berkeley. Bref, tout ce qu'elle en pensait c'est qu'il était comme tous ses autres riches fils à papa, arrogant et irrespectueux. C'est vrai que c'était l'image qu'il donnait, mais je dois dire que je le connaissais autrement. Il ne s'était jamais conduit ainsi avec moi. Mon amie m'avait finalement conseillé d'arrêter de le voir, qu'il me faisait plus de mal qu'autre chose. D'un côté c'était vrai, mais je n'y arrive pas, je ne pouvais pas m'en empêcher, j'étais comme envoutée et continuellement attirée par lui... Tout cela expliquait l'affreuse grimace qui s'était dessinée sur son bon visage au moment où elle entendit ce prénom maudit.
« Oui, oui, je sais ce que tu vas dire! Mais cette fois c'est différent je te jure! Il m'a invité à sortir avec lui vendredi, mais publiquement cette fois! Il veut qu'on aille dans un de ces bars huppés, je ne me souviens même plus du nom. Mais du coup je ne sais pas quoi faire. Je ne comprends pas ce qu'il veut et tu te souviens de la première et dernière fois où l'on s'est rencontré en publique... » C'était dur de ne pas s'en souvenir... Effy était littéralement devenue folle en apprenant ça. C'était peu après le début de cette relation. J'étais tombée nez à nez avec Cesar et ses amis au détour d'un couloir et naïvement j'étais allée le voir. Ce fut réellement un des pires moments de ma vie, au début il m'avait simplement ignoré mais j'avais eu le malheur d'insister. Il avait ensuite fait comme si il ne me connaissait pas pour finir par m'humilier devant ses amis, sans doutes pour ne pas perdre la face devant ces derniers. Cela m'avait fortement blessé et malgré ces messages d'excuses je refusais de lui adresser la parole du moins jusqu'au jour où il était venu à mon appartement. Il m'avait de nouveau présenté ses excuses et j'avais craqué... « Je ne sais vraiment pas quoi faire, et puis il m'envoie au moins un message par jour pour savoir si j'ai eut son invitation... »
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California Dreamin'
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Sujet: Re: Keep calm, stay legendary || Violet Sam 19 Nov - 13:53
Give yourself a break.
L'année dernière, après les examens, je me suis rendue compte que j'étais vraiment en train de perdre mon temps. J'avais tenu à étudier dans une bonne université comme celle-ci pour m’assurer un bel avenir et quand mon père a refusé de me laisser choisir mes études, je me suis dit que ce n’était qu’une question de temps. Mais après mes deux premières années, la situation était toujours la même. Alors, je n’ai pas hésité une seconde de plus : j’ai acheté un billet d’avion et le lendemain, je rentrais à New York. Depuis mon adolescence et la révélation de tous ses mensonges, je ne m’entendais plus du tout avec mon père. Moins je le voyais et en entendais parler, mieux je me portais. Étudier à San Francisco et m’éloigner par la même occasion de lui m’a tellement fait du bien que je n’étais pas rentrée chez moi une seule fois en deux ans. Je ne l’avais pas prévenu de mon arrivée précipitée, je ne comptais pas rester longtemps de toute façon. Quand je me suis retrouvée devant le portail, j’étais plus déterminée que jamais. En dix minutes, je lui avais sorti tous mes arguments et ne lui avais pas laissé une seule seconde de parole. Pas de bonjour, de comment ça va ? ou de quoi de nouveau dans ta vie ?. Pas un seul regard vers ma belle-mère ou mon attardé de demi-frère. Cette vie-là était derrière moi. Je ne les ai revus uniquement parce que c’était nécessaire. Je sais que mon père se sent coupable de ce qui est arrivé à ma mère et je sais qu’il regrette l’enfance que j’ai eu, alors j’en joue évidemment. Je lui ai offert sur un plateau d’argent le moyen de se "racheter". Mais mon père a toujours été doué en affaires et on ne peut pas obtenir quelque chose de lui sans un compromis. Je savais que je n’avais pas intérêt à trop insister, surtout que j’avais toujours besoin de lui pour l’argent. Une dépendance que j’espérais bientôt pouvoir rompre même si ça semblait difficile. Je trouverai bien un moyen, j’en trouve toujours. Enfin. Je suis repartie avec mon oui en poches. Pas d’au revoir, pas de bises, toujours pas de regards. Ce n’est pas pour ça que j’avais passé plusieurs heures de vol. « Merci ! Oui, t’imagines pas à quel point. J’ai du passer une bonne semaine à faire la fête sans arrêt ! A la fin, j’étais malade comme un chien mais ça reste un des meilleurs moments de ces vacances. » Je préférais retenir celui-là plutôt que le retour en Irlande qui m’avait rendue malade d’une toute autre façon…Je fronçai rapidement les sourcils pour m’obliger à penser à autre chose : ce n’était vraiment pas le moment d’étaler toutes mes frustrations. Je repris le joint que Violet avait toujours en main puis répondis en vitesse que je ne pourrai pas aller à la soirée. J’en avais envie mais j’étais vraiment morte de fatigue et je n’avais pas envie de m’écrouler dans un coin après un verre de bière. « Je suis sûre que tu arriveras à avoir de bonnes notes pour cette option. Enfin, c’est super que cette matière te passionne autant parce qu’au moins, t’es motivée à travailler. Et comme on a tous intérêt à travailler dur, c’est toujours ça de pris. Mais clair que niveau sortie, ça craint…C’est ce qui me fait tenir le coup des études, si j’arrête de sortir, je deviens dingue ! » Je rigolai en entendant la remarque de Violet. « Oh non, j’espère pas ! C’est tellement oppose à ce que je suis…» Je place depuis toujours mes études au second plan alors m’imaginer en première de classe et le nez dans mes bouquins, ça me fait vraiment rire. Je rendis son joint à Violet en lui souriant alors qu’elle commençait à répondre à ma question. Comme moi, elle réfléchit d’abord un peu puis se lança. A sa première phrase, je me redressai subitement. Elle allait me parler de quelque chose de plus sérieux et j’avais peur d’avoir ma petite idée du sujet. Idée que ça mine de chien battu confirma. Quand elle prononça le nom de César, je ne parvins pas à retenir un claquement de langue, agacée. Je n’en voulais pas à Violet, c’était plutôt ce type que j’avais envie de tuer. J’étais aussi énervée voire frustrée que mon amie accorde autant d’importance à ce garçon, elle était vraiment préoccupée par cette histoire et il prenait bien trop de place dans ses pensées à mon goût. Je me souviens très bien du jour où elle m’avait mise au courant de leur "histoire". Nous étions exactement ici, au même endroit. Comme aujourd’hui, je n’avais pas eu de réelle raison pour venir sur ce petit coin de paradis : j’en avais simplement eu envie. En arrivant, j’avais découvert Violet et ma joie laissa rapidement place à de l’inquiétude lorsque je vis son air triste. Je ne savais pas depuis combien de temps elle était là, seule, à ressasser ses pensées et ses questions mais j’ai préféré ne pas directement poser de questions et me suis juste assise près d’elle. Et c’est à ce moment-là qu’elle m’a raconté toute l’histoire ; leur rencontre improbable et les allées-venues du jeune homme. Elle a éclaté en sanglots dans mes bras et la voir ainsi m’a déchiré le cœur. Violet est la personne la plus adorable que je connaisse et ce genre d’histoire est bien la dernière chose dont elle a besoin. La dernière. Je considérais déjà ce César comme un sale gosse de riche complètement imbu de lui-même mais quand elle m’a raconté plus tard qu’il l’avait snobée et humiliée publiquement, j’ai cru que j’allais réellement commettre un meurtre. Je serai allée m’acheter une arme et me serai entraînée le temps qu’il faut. Je suis toujours franche et je n’avais pas envie de dire à Violet ce qu’elle aurait voulu entendre. Je n’aurai jamais pu lui dire qu’il y avait sûrement une chance, une explication, je n’aurai jamais pu lui parler d’amour. Mais elle n’était pas stupide, non, Violet est tellement intelligente. Elle avait bien compris toute seule qu’elle n’était qu’un plan cul. Et si ça la faisait tant souffrir, pourquoi n’arrivait-t-elle pas à simplement l’ignorer et l’effacer de sa vie ? J’allais parler mais elle continua sur sa lancée. Apparemment, il voulait l’inviter à une de ces soirées débiles et mortellement ennuyeuse. Il y aurait donc beaucoup de monde et Violet ne serait plus cachée dans l’ombre. Ô joie. Je soupirai et replaçai nerveusement une mèche de cheveux. « Ton histoire va vraiment me rendre dingue, tu sais…» Je marquai une toute petite pause. Je voulais vraiment aider mon amie mais on voyait les choses sous des angles tellement différents que j’avais peur de l’enfoncer plus qu’autre chose. Si j’avais commencé à m’attacher à un gars avec qui je ne fais que coucher, j’aurai simplement tout arrêté du jour au lendemain. Si on m’avait humiliée de la sorte, j’aurai trouvé de quoi réponde ou me serai vengée d’une quelconque manière. Je sais trop bien ce que veut dire dépendre de quelqu’un et c’est la pire chose au monde. « Comment peux-tu laisser ce type avoir autant d’emprise sur toi, sur ta vie ? Tu m’as dit toi-même que tu n’étais sûrement qu’un plan cul…Et bien sûr que je me souviens de cette première fois en public…Comment est-ce que tu peux continuer à être attachée à lui après qu’il t’ait fait un coup pareil ?! Je t’avais dit de t’éloigner et de passer à autre chose. Je veux bien croire que ce soit dur mais cette histoire est en train de te détruire et moi, je ne peux pas supporter ça. Tu comprends Violet, je ne peux pas te laisser faire n’importe quoi. » J’étais peut être autant désespérée qu’elle, parce que je ne comprenais pas le trip de ce mec. Est-ce qu’il joue avec elle ? Est-ce qu’il jouait puis s’est attaché ? « Tu as envie d’y aller, n’est-ce pas ? Je sais que tu es attirée par lui comme un aimant et je sais que c’est dur de lutter contre ça. Si tu n’arrives pas à le quitter, ne le laisse pas prendre autant de place. Je refuse que tu dépendes de quelqu’un comme lui. Peut être qu’il joue avec toi, sûrement même. Ou bien il t’aime bien mais n’arrive pas à se décider pour quelque sombre raison. Je ne suis pas pus avancée que toi et c’est justement pour cette raison que tu dois te méfier. Ne laisse pas un beau sourire et des fleurs t’attendrirent. » J’avalai ma salive et mon regard tomba sur le joint. Je n’en avais plus envie, à la place, je sortis mon paquet de cigarette et m’en allumai une. « Si tu veux y aller alors vas-y. Franchement, si tu prends une décision à contre cœur, même si elle est stupide, tu vas finir par le regretter et te poser trop de questions interminables. Par contre, la seule chose que je peux te conseiller, c’est d’être plus distante. Tu n’as qu’à faire comme si tu te fichais un peu d’être là, ne lui laisse pas croire qu’il peut faire tout ce qu’il veut de toi. » Je pris une bouffée de cigarette. « Et n’en attends pas trop de ce garçon. Les gens sont plus doués pour les déceptions que pour les promesses. »
Effy détestait Cesar. En fait elle ne l'avait jamais supporté et ce bien avant même d'avoir fait ma connaissance. Comme beaucoup d'étudiants, elle avait du mal à apprécier cette petite bande de fils à papa qui passent leur temps à snober les autres en étalant leur richesse et leurs privilèges aux yeux de tous. Par la suite, mes mésaventures avec le jeune homme n'avaient pas arrangé les choses et la balance était maintenant bien loin de pencher en sa faveur. A vrai dire c'était tout le contraire. Je passais d'excellents moments avec lui car il n'était plus le même en ma compagnie, mais ça Effy ne l'acceptait pas. Elle s'obstinait à ne retenir que les quelques dérapages et pour cela elle lui vouait une haine incomparable. Du coup je me doutais que ce nouveau rebondissement ne lui plairait pas, pas du tout même. Mais voilà, j'en avais trop dit, ou pas assez, et la jeune femme s'en était bien rendu compte. Je ne pouvais plus faire machine arrière ce que je me mis à regretter amèrement. J'étais à la fois effrayée de sa réaction mais aussi gênée par toute cette histoire. Mais qu'importe, la blondinette avait toujours été très douée pour me faire cracher le morceau lorsque ça n'avait pas l'air d'aller. Elle savait m'écouter et grâce à la patience dont elle savait faire preuve je finissais toujours par lui révéler ce qu'elle voulait entendre. Aujourd'hui cela prit un peu plus de temps que d'habitude mais elle arriva tout de même à ses fins.
Malheureusement je ne m'étais pas trompée et à peine j'eus prononcé le nom du fils McDonald qu'elle changea de comportement. Je la vis ce raidir et son sourire disparu de son beau visage tout aussi rapidement. La jeune femme se mit à trifouiller ses cheveux comme si de rien n'était mais son agacement était flagrant. Cela faisait un petit moment que je ne lui avais plus parler de Cesar tout simplement parce qu'elle m'avait fait promettre de ne plus le revoir. Mais c'était une promesse impossible à tenir et depuis je l'avais revu de nombreuses fois. Du coup je me contentais d'éviter le sujet ce qui n'était pas bien difficile puisqu'avec Effy nous ne nous étions pas recroisées depuis un certain moment. Je comprenais l'énervement de mon amie, elle me donnait des conseils que je ne suivais jamais et c'est pourquoi je m'étais juré de ne plus parler de lui. A chaque fois c'était la même chose on finissait par nous braquer toutes les deux... Enfin bref, la jeune femme avait beau être une bonne comédienne il y a des signes qui ne trompent pas et son soupir l'avait bel et bien trahie. Elle inspira un bon coup comme pour se donner le temps de trouver quoi dire puis elle vida son sac.
« Comment peux-tu laisser ce type avoir autant d’emprise sur toi, sur ta vie ?Comment est-ce que tu peux continuer à être attachée à lui?! Je t’avais dit de t’éloigner et de passer à autre chose. Je ne peux pas te laisser faire n’importe quoi.»
Certes, je ne m'attendais pas à ce qu'Effy prenne la nouvelle avec le sourire, c'était évident qu'elle n'allait pas me sauter au coup en criant que c'était super mais j'attendais au moins un peu de soutient de sa part. Sans doutes en avait-elle tout simplement marre de compatir et de ne pas être écoutée. J'avais l'impression d'être une enfant en train de se faire sermonnée par sa mère et je n'aimais vraiment pas ça. La manière dont elle me parlait me frustrait et je me sentais complètement humiliée. A l'entendre tout semblait si facile... « Je t'avais dit de passer à autre chose » Comme si je pouvais tourner la page comme ça du jour au lendemain, cesser de lui adresser la parole et ne plus le revoir.... Avait-elle au moins déjà ressentie ce genre de chose pour pouvoir me donner ces grandes leçons de morale ? Elle ne connaissait que le mauvais côté de Cesar et refusait d'accepter qu'il puisse être différent avec moi. Après tout, il ne m'avait réellement blessée qu'une fois, tout le monde fait des erreurs alors pourquoi lui en tenir rigueur ainsi? Moi aussi je commençais à être énervée et mon amie dûe le sentir car elle se radoucit d'un coup. Le ton de sa voix changea et elle se montra plus douce et rassurante.
« Tu as envie d’y aller, n’est-ce pas ?»
Je ne fis qu'hausser les épaules en guise de réponse. Je préférais garder le silence et repenser à tout ce qu'elle venait de me dire. Effy se remit à parlé mais plus calmement cette fois-ci.
« Je sais que tu es attirée par lui comme un aimant et je sais que c’est dur de lutter contre ça. Si tu n’arrives pas à le quitter, ne le laisse pas prendre autant de place. Je refuse que tu dépendes de quelqu’un comme lui. Peut être qu’il joue avec toi, sûrement même. Ou bien il t’aime bien mais n’arrive pas à se décider pour quelque sombre raison. Je ne suis pas pus avancée que toi et c’est justement pour cette raison que tu dois te méfier. Ne laisse pas un beau sourire et des fleurs t’attendrirent.»
Ce changement d'attitude m'apaisa et au fond elle avait peut être raison. Je passais de très bons moments à discuter avec Cesar, nous sommes très complices à tel point que j'ai parfois l'impression de le connaître depuis toujours. Mais ni moi ni Effy ne parvenait à le cerner complètement. Il est impossible de savoir ce qu'il pense et ce qu'il veut, si il est bien attentionné ou non. C'est cela qui troublait tant la sampi. Je me sentais idiote de mettre énervée contre elle, même si j'étais restée silencieuse. Si elle me disait tout ça ce n'était pas pour me faire du mal mais plutôt pour m'éviter de souffrir à nouveau. Elle avait toujours été de bon conseil, toujours prête à m'écouter encore et encore alors je n'en faisais qu'a ma tête à chaque fois. J'étais comme ça, on avait beau me dire de ne pas tenter quelque chose il fallait quand même que je l'expérimente, que je me fasse ma propre expérience pour en retenir les conséquences... Avant de continuer, Effy s'alluma une cigarette. Je devais l'avoir sacrément énervée...
« Si tu veux y aller alors vas-y. Franchement, si tu prends une décision à contre cœur, même si elle est stupide, tu vas finir par le regretter et te poser trop de questions interminables. Par contre, la seule chose que je peux te conseiller, c’est d’être plus distante. Tu n’as qu’à faire comme si tu te fichais un peu d’être là, ne lui laisse pas croire qu’il peut faire tout ce qu’il veut de toi. Et n’en attends pas trop de ce garçon. Les gens sont plus doués pour les déceptions que pour les promesses. »
Évidemment que je voulais y aller. J'étais bien trop curieuse de savoir ce qui pouvait motiver le garçon à agir de la sorte. Ok, j'avais 50% de chance de le regretter mais au moins après je serais fixée.
« Oui, tu as raison. Si je n'y vais pas je vais passer mon temps à me demander pourquoi il m'avait invité et ce qu'il voulait réellement, au final je le regretterais surement. Alors que si j'y vais, même si il se conduit comme un salopard au moins j'aurais une réponse.. »
Je me tournais vers Effy en faisant une mine de chien battu.
«Je suis vraiment désolée de t'embêter encore avec cette histoire... Promis je serais prudente vendredi, et au pire, t'auras qu'a me harceler de messages pour être sur que j'y pense!»
J'avais beaucoup parlé et pris une grande inspiration pour me calmer et remettre mes idées en place. Je m'étais un peu énervée sur Violet. Ce n'était pas contre elle, bien sûr, c'était plutôt parce que je me faisais beaucoup de soucis par rapport à son histoire. Et si les choses tournaient mal ? Je serai là pour ramasser les morceaux mais je préférerai l'éviter. Je me mordis nerveusement le lèvre inférieure en me demandant si je n'avais pas exagéré. Je ne m'étais pas donnée l'impression d'avoir parlé calmement comme je l'avais d'abord voulu. Je ne pense pas avoir été méchante mais peut être que j'avais été un peu trop loin. En m'écoutant lui répondre, Violet avait eu des réactions plutôt fermées, comme si elle était contrariée. Je ne voulais pas jouer à la maman qui fait la morale et j'espérais qu'elle ne m'en voulait pas. Après tout, je n'ai jamais vécu ce genre de situation et n'ai pas à la juger. Ni même ce César, d'ailleurs. Si j'étais quelqu'un de réfléchi, j'essaierai de le connaître avant de le détester de la sorte, mais je ne suis pas comme ça et m'étais laissée submerger par mon ressenti. Je n'ai jamais été "accroc" à un gars et je ne me suis jamais retrouvée à la place de Violet, sans cesse à se demander s'il est sincère ou non. Moi, je me contente de petites aventures et je peux même dire de coups d'un soir étant donné que ça ne dure jamais. La seule fois où je suis tombée amoureuse, c'était à New York alors que je venais juste de débarquer chez mon père. Le garçon a dû partir étudier à Tokyo et je n'ai plus jamais eu de nouvelles depuis. Il m'a fallu deux ans pour m'en remettre. Alors oui, aujourd'hui j'ai parfaitement cicatrisé mais ça ne fait pas de moi une experte en relations. Mon amie prit enfin la parole et me tira de mes réflexions. « Oui, franchement, c’est l’occasion en or pour enfin être fixée sur votre relation…J’espère que ça se passer bien, Vio, mais ne te fait pas de faux espoirs d’accord ? Et tiens-moi au courant. »
Je croisais vraiment les doigts pour elle. Elle avait déjà trop souffert de cette relation pour en remettre une couche. Elle se tourna vers moi avec des yeux tristes de petits chiots ; je crus que j’allais me liquéfier sur place. « Ne t’inquiètes pas Violet, tu sais bien que tu peux me parler de tes problèmes quand tu veux et que je serai toujours là pour t’écouter. » Je marquai une courte pause avant de reprendre. « C’est plutôt moi qui te dois des excuses. Je sais que je n’ai pas été très tendre dans mes propos mais je ne voulais pas te contrarier ou t’énerver. C’est juste que je m’inquiète vraiment beaucoup pour toi et du coup, ça me met en colère…Et ne t’inquiètes pas, je ne vais pas manquer de te harceler vendredi ! » Je partis d’un grand éclat de rire. « Mais si tu fais au coco cette même tête de chien battu, il va directement tomber à tes pieds de toute façon ! » Je lui souris à nouveau, complètement détendue. Un court instant, j’avais eu peur d’avoir exagéré et d’être allée trop loin dans mes propos mais apparemment, tout allait toujours bien entre nous deux. J’étais vraiment rassurée ; perdre l’amitié de Violet serait vraiment un coup dur pour moi. On avait fait le tour de la question et Violet demanda à changer de sujet. Je savais que c’était à mon tour de parler et de lui raconter un peu ce qui se passait dans ma vie. Je pris une grande inspiration tout en écarquillant les yeux. Ce n’est pas que je n’avais rien à dire, d’ailleurs ce ne serait vraiment pas crédible de lui dire ça étant donné qu’on ne s’était plus vues depuis un bon moment. Mais justement, c’était le foutoir. Je ne savais plus où j’en étais et parler de ce genre d’état était plutôt compliqué. J’étais alors forcée d’aborder des choses plus concrètes. Par contre, il était hors de question que je lui parle de mes petits "jeux". C’était une nouvelle partie de ma vie que je refusais de partager. Je savais très bien comment les autres allaient réagir et ici, je savais très bien comment Violet allait réagir. Elle allait s’inquiéter, s’énerver sur moi et me dire que c’était n’importe quoi et totalement puéril. Or, je venais juste de passer à deux doigts d’une dispute et je préférais éviter de m’embrouiller avec elle. Il me restait alors la venue de Blaithin. Oui, ça, je pouvais bien lui en parler et lui expliquer que c’était moins facile que ce que j’imaginais. Je me raclai la gorge. « Et bien, il y a peu, j’ai retrouvé une cousine. En fait, elle est arrivée à San Francisco et on s’est croisées totalement par hasard. C’est fou quand on y pense parce qu’on ne s’était plus vues depuis des années, depuis notre enfance. » Je parlais de façon contrôlée même si je savais que mon regard trahissait ma nostalgie et un soupçon d’angoisse. « J’étais vraiment contente de la retrouver parce qu’on a été très proches pendant un long moment. Mais elle me rappelle l’Irlande et tous les problèmes que ma famille a traversés, notamment avec ma mère. C’est toute une époque que j’avais pris soin d’enfuir profondément en moi puisqu’elle me rend triste et là…là, je suis forcée d’y faire face. Je pensais arriver à gérer mais ça s’avère plus difficile que ce que je pensais. » C’était même carrément l’horreur. Paumée, l’effy, complètement paumée. « Enfin, elle fait beaucoup d’effort pour qu’on se rapproche et les choses se passent vraiment bien entre nous donc c’est déjà ça. Tu vois, pour moi, c’est comme retrouver une famille puisque je n’ai plus vraiment d’attaches familiales depuis des années. Du coup, c’est très important que tout se passe bien…» Tout ça était très sérieux pour moi. Alors, lorsque j’eus terminé de lui expliquer la nouvelle, je me mis à rire doucement pour détendre l’atmosphère. « Enfin, les histoires de famille sont toujours délicates...J'espère que je ne t'ai pas trop ennuyée avec mes problèmes de retrouvailles. » Je lui souris une nouvelle fois, j'étais vraiment bien, ici, avec elle.
Je me sentais vraiment mal à l’aise d’ennuyer Effy avec mes amourettes à deux balles et même si elle affirmait que ce n’était pas le cas et qu’elle serait toujours là pour m’écouter je me sentais vraiment ridicule. Il y avait des choses bien plus graves que ça dans la vie et plus j’y pensais, plus j’avais honte de mon attitude. Je n’étais pas comme ça avant d’arriver en Californie et jamais je ne me serais laissé démonter aussi facilement. Mais la perte de tous mes repères m’avait chamboulée. En arrivant ici en début d’année j’avais dû tout recommencer à zéro. J’avais rapidement rencontré Cesar et d’une certaine manière il m’avait pris sous son aile en me faisant découvrir cette ville immense. Il était donc devenu un de mes nouveaux repères ce qui expliquait pourquoi j’avais tant de mal à m’en séparer. Mais mon amie avait raison, je ne pouvais pas dépendre de qui que ce soit. Il fallait que les choses changent ! Je me perdis quelques minutes dans mes pensées avant de demander à changer de sujet. Je crois que nous avions vu le problème en long, en large et en travers, il n’y avait plus rien à dire pour l’instant. Effy resta elle aussi silencieuse pendant quelques instants avant de se racler la gorge et de prendre la parole. Elle se mit alors à me parler de Blaithin, une de ses cousines perdue de vue depuis un moment et qui venait juste d’arriver en Californie. C’est fou comme le hasard fait parfois bien les choses, cette Blaithin aurait pu aller n’importe où dans le monde mais non, elle avait finalement atterri à San Francisco sans même savoir qu’Effy était là. Apparemment elles l’avaient découvert en se croisant par hasard et je trouvais ça génial. D’ailleurs je pensais que cette nouvelle l’enchanterait et la jeune femme se disait contente mais au fond je voyais bien que ce n’était pas le cas. Croyez-moi ou non mais une Effy heureuse ça se voyait à des kilomètres à la ronde, tout comme une Effy qui essaye de se donner une apparence heureuse. Je voyais bien qu’elle semblait vraiment peinée et qu’elle fessait des efforts pour le cacher. Je dois avouer que je ne comprenais pas vraiment cette réaction puisqu’elles semblaient avoir été très proches toutes les deux. J’avais moi-même retrouvé un de mes cousins, ici à Berkeley et cela m’avait vraiment soulagé. J’avais débarqué ici en Juillet sans rien connaître de la Californie ou même de l’Amérique tout court. C’était assez effrayant au début et le fait de savoir qu’en cas de problème j’avais quelqu’un sur qui compter m’avait pas mal rassuré. D’ailleurs c’était toujours le cas aujourd’hui. Même si je ne passais pas beaucoup de temps avec Drew le simple fait de savoir qu’il était là m’apaisait et me faisait me sentir un peu plus comme chez moi. Finalement elle m’expliqua les raisons de son malaise.
« Elle me rappelle l’Irlande et tous les problèmes que ma famille a traversés, notamment avec ma mère. C’est toute une époque que j’avais pris soin d’enfuir profondément en moi puisqu’elle me rend triste et là…là, je suis forcée d’y faire face. Je pensais arriver à gérer mais ça s’avère plus difficile que ce que je pensais. »
J’étais bien obligée d’admettre que la situation n’était pas aussi belle pour elle que pour moi. Malheureusement je savais qu’Effy avait beaucoup souffert dans le passé, elle n’était jamais rentrée dans les détails mais elle avait souvent fait allusion à certaines choses. Je n’avais jamais cherché à en savoir plus considérant qu’elle m’en parlerait si elle le souhaitait lorsqu’elle serait prête. Elle savait qu’elle pouvait me faire confiance et me dire tout et n’importe quoi. C’est ce que nous avions toujours fait ici et ce lieu avec cet espèce de caractère sacré. Tous ce que nous disions ou faisions ici restait entre nous…
« Enfin, les histoires de famille sont toujours délicates...J'espère que je ne t'ai pas trop ennuyée avec mes problèmes de retrouvailles. »
« Oh non, ne t’inquiètes pas tu ne m’ennuie jamais ! Et puis tu sais bien que tu peux tout me dire... »
Je me sentais vraiment désolée pour elle mais je ne pouvais pas dire grand-chose. Si à Berkeley les histoires de famille étaient souvent délicates pour bon nombre d’étudiants ce n’était pas mon cas. J’ai toujours su que j’avais de la chance mais chaque jour qui passait depuis mon arrivée ici me le rappelait. J’attrapai la main de mon amie et la serra dans la mienne tout en lui souriant.
« J’imagine que ça ne doit vraiment pas être évident de replonger dans tous ces mauvais souvenirs mais parfois il vaut peut-être mieux les affronter plutôt que de les laisser dans un coin. Essaye seulement de n’en garder que le positif, en plus ta cousine à l’air très gentille, je suis certaine qu’elle va t’aider à surmonter tout ça. Parfois il faut juste laisser le temps faire son travail. »
Je ne savais pas si cela pouvait apaiser mon amie. C’était difficile de se mettre à sa place, je n’avais jamais vécu de drame familial, même les disputes étaient rares chez moi, alors c’était dire… Mais je savais qu’il y aurait au moins une chose qu’il lui changerait les idées pendant quelques secondes. Je fouillais dans mon sac et en sortit un gros paquet de bonbons. Il s’avérait que c’étaient les préférés d’Effy.
« Aller ! Tient ma belle, fait toi plaisir c’est bon pour le moral ! » Lui dis-je tout en lui tendant le paquet.
Je ne suis jamais entrée dans les détails de mon passé avec Violet. Pas parce que je ne lui fais pas suffisamment confiance mais parce que j’ai beaucoup de mal à aborder ce sujet. Pourtant, avec toutes ces années, j’aurai du avoir plus de recul et pouvoir évoquer ma mère sans avoir envie de courir me réfugier dans ma chambre et fondre en larmes sur mon oreiller, exactement comme le ferait une adolescente. Mais c'était exactement le contraire : plus le temps passait et moins bien j'arrivais à supporter cette situation. Je suis très douée quand il faut écouter quelqu'un, chercher des solutions avec, le réconforter comme je peux ou simplement lui montrer que je suis là. J'ai l'esprit suffisamment ouvert pour qu'on puisse me confier beaucoup de choses, sur à peu près n'importe quel sujet mais dès que la conversation dévie sur ma propre vie, je me ferme automatiquement. Je ne sais jamais comment expliquer ce que je ressens, je ne sais jamais comment parler de mes problèmes sans passer pour une pleurnicharde. Mais là encore, je ne fais que me chercher des excuses. Au fond, même si j'arrivais à m'exprimer parfaitement et même si j'arrivais à faire comprendre aux autres exactement ce que je ressens, je continuerai à ne rien dire. Je n'aime pas parler de moi et je ne veux pas que les gens auxquels je tiens me voient malheureuse. Je suis humaine et bien sûr, je ne peux pas toujours tout garder pour moi mais alors je prends soin de dévoiler quelques petites choses à gauche et à droite mais jamais le tout à la même personne. Comme ça, je me libère d'un poids sans laisser quelqu'un détenir trop d'informations sur moi. Imaginez que j'aie confié toute ma vie, toutes mes peines, tous mes problèmes et toutes mes attentes à la même personne et qu'on finisse par se disputer ou même se détester...Elle a alors toutes les cartes en main pour détruire en beauté chaque détail de ma vie, du moindre au plus important. Peut être bien que je passe pour une parano, à moins que je ne sois simplement quelqu’un de très prévoyant. On ne m’a pas souvent fait de coups bas, pour ne pas dire jamais, et je ferai tout pour que ça continue ainsi. Evidemment, de la part de Violet, je n’imaginerai jamais que les choses puissent mal tourner mais on ne peut jamais être sûr de rien. Tant qu’il reste une minuscule part de doute, je ne lâche pas prise. Comme mon amie ne connaissait pas les détails de ma vie passée, je n’étais pas certaine que lui parler de Blaithin serait une bonne idée. Et si elle commençait à poser des questions ? Je serai obligée de lui répondre puisque je n’avais ici aucun moyen de me défiler. Aussitôt après m’être lancée sur ce sujet, je le regrettai immédiatement. Je ne voulais pas parler de ma famille et je voulais encore moins l’imposer à Violet. Je ne connais pas non plus parfaitement sa vie mais j’ai cru comprendre qu’elle n’avait jamais connu de réelle difficulté dans ses relations familiales. En comparant les histoires des étudiants de cette université, on se rendait compte que Violet faisait plutôt partie des exceptions. Elle avait énormément de chance et si nous n’étions pas aussi proche, peut être que j’aurai été jalouse d’elle. Savoir qu’on a une famille sur laquelle on peut compter, des frères et des sœurs avec qui rigoler et à qui se confier et surtout des parents qui nous ont soutenu depuis qu’on sait se tenir debout, c’est une vraie chance pour elle. Et comme elle était heureuse dans sa famille, je me sentais mal de lui exposer mes malaises. Qu’est ce qu’elle pourrait bien me répondre ? Qu’est ce qu’elle pouvait bien y changer ? Mais encore une fois, elle était adorable avec moi. Elle m’avait écoutée sans m’interrompre et sans poser la moindre question. Elle devait sûrement savoir que je lui parlerai de ce que je veux bien et que les choses se feraient petit à petit pour ne pas être trop difficiles. Elle me rassura une nouvelle fois en m’assurant que je pouvais me confier à elle sans le moindre problème. On se le rappelait assez souvent même si au fond, on savait pertinemment bien que nos histoires n’ennuieront jamais l’autre, ou pourquoi je pouvais affirmer sans hésitation que Violet était mon amie. Vio me conseilla d’affronter mes fantômes du passé une bonne fois pour toutes, d’arrêter de refouler sans cesse mes problèmes et de profiter de tout ce qui me reste. Elle avait raison, bien sûr, et maintenant je m’en voulais d’avoir pris cet air si malheureux alors que la solution était si simple. Le problème, c’est que j’étais totalement incapable d’appliquer ce genre de conseil. J’avais passé tellement de temps à refouler chaque instant de mon enfance et de mon adolescence que c’était devenu un réflexe pour moi d’ignorer tout ce qui m’était désagréable. Je n’étais pas du tout douée quand il faut faire un travail sur soi-même et changer en bien, parce que changer en mal ne pose pas trop de problème évidemment…Je savais qu’il était grand temps d’arrêter avec toutes ces histoires, de tourner définitivement ce chapitre et de ne plus jamais y revenir. Mais c’était plus facile à dire qu’à faire et en attendant, je me sentais beaucoup mieux en reportant au lendemain cette nouvelle résolution. « Tu as raison Violet, je devrais prendre plus de recul par rapport à tout ça et profitez que ma cousine soit là. Et pour le moment, tout va bien alors pourquoi parler de tout ça ? » Je lui lançai un sourire qui voulait dire merci puis regardai l’horizon, apaisée. C’était toujours comme ça avec Violet, quand on se retrouvait dans cet endroit et qu’on parlait plus sérieusement, on se sentait soulagée l’instant d’après. Enfin, c’est toujours comme ça que je l’ai vécu. J’entendis mon amie remuer à côté de moi et en me retournant, je la vis fouiller dans son sac. Je me demandai furtivement ce qu’elle pouvait bien chercher et me mis à rire en la voyant sortir un paquet de bonbons. « C’est juste une coïncidence ou tu as pris mes bonbons préférés parce que tu t’attendais à me voir ? » J’acceptai avec grand plaisir de prendre une poignée de ces petites merveilles en remerciant Violet. « C’est vrai que ça redonne le sourire ! » J’étais vraiment fan de ces petits bouts de sucre et contente que Violet en ait sur elle. Parfois, on se rejoignait dans ce petit coin de paradis et on s’asseyait simplement l’une à côté de l’autre sans rien dire, dans un silence total. Mais aujourd’hui, j’avais envie de papoter avec elle, d’en apprendre plus, de passer un bon moment. Maintenant qu’elle était à coté de moi, je me rendais compte que ces petits moments avec elle m’avaient beaucoup manqués et que j’en avais plus besoin que ce que je pensais. L’hiver n’était pas encore arrivé et aujourd’hui, il y avait même du soleil. Il ne faisait pas chaud mais le soleil et l’air doux me firent penser aux vacances. Cet été, je n’ai pas fais grand-chose. A part être passée dix minutes voir mon père à New York et deux heures voir ma mère en Irlande, je n’ai pas bougé de l’université. Je n’ai même pas fait la fête aussi souvent que je l’aurai voulu. Ça n’avait pas été de mauvaises vacances mais j’avais connu mieux, beaucoup mieux. « Tu sais quoi ? Cet été, j’ai vraiment envie de voyager un peu. Faire un mini-trip dans plusieurs pays d’Europe ou bien visiter quelques Etats. » J’ai toujours adoré découvrir de nouveaux pays et de nouvelles cultures. Quand j’étais enfant, mes parents et moi partions souvent dans d’autres pays d’Europe pour les vacances d’été et de Noël. Mais par après, les choses ont beaucoup changé et je n’ai plus autant voyagé. Je me disais que j’aurai toujours le temps de m’y mettre plus tard mais je me trompais complètement. Après mes études, je devrais me trouver un travail et les premières années risqueront d’être difficiles : si je n’ai pas un assez bon salaire, je ne pourrai pas me permettre de partir et même si je gagne bien ma vie, je serai peut être tenue par d’autres obligations. Alors tant que j’étais toujours étudiante, tant que j’avais des vacances aussi longues que celles d’été et tant que je recevais une belle somme d’argent tous les mois, je devais en tirer un maximum d’avantages et voyager en fait partie. « L’année dernière, je suis pratiquement restée à l’université les deux mois et je n’en pouvais plus ! Mais je m’y étais prise beaucoup trop tard pour prévoir des vacances…Tu sais bien, moi et l’organisation, ça fait dix mille ! » Je rigolai un court instant juste après avoir levée les yeux au ciel. « Du coup, je suis bien décidée à m’organiser de super bonnes vacances cette année ! J’adorerai pouvoir retourner un peu en Europe, je suis très attachée à mon continent natal. Mais d’un autre côté, j’ai toujours rêvé d’aller en Australie et de voir la grande barrière de corail. » Ça doit vraiment être magnifique… « J’espère que je n’aurai pas d’imprévus. » Comme devoir rencontrer les médecins de ma mère... « Ni que j’aurai des difficultés pour les réservations et ce genre de choses, tu sais que ce n’est pas mon fort…» Je devrais peut être carrément demander l’aide de quelqu’un pour tout ce qui est réservations et transports. Je ne savais même pas ce que je ferais sur place ni si je voulais être seule ou pas. « Et toi ? Tu es contente des dernières vacances ? Tu as déjà des projets pour les prochaines ? » Je repris quelques bonbons et les savourai. En attendant sa réponse, je fronçai légèrement les sourcils, une idée venant de me traverser l’esprit. « Vio…j’ai quelque chose à te proposer : si jamais à la fin de l’année, nos projets ont ratés ou si on se retrouve seules, alors on passe nos vacances ensemble ? » Je souris une nouvelle fois même si je n’avais pas la moindre idée de ce qu’elle penserait de tout ça.